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Mireille FAIVRE-ENGELHARDT, introduction table ronde du 18 juin 2016

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Table ronde du 18 juin 2016

Mireille FAIVRE-ENGELHARDT

Aujourd’hui, nous allons échanger à partir du dispositif des consultations spécialisées en P. M. I., et à partir de ce qu’il permet et ouvre pour la psychanalyse.

L’originalité de cette création, imaginée et mise en place en 1983 par Marie Thérèse Fritz et Monique Tricot, est de proposer plusieurs lieux qui se complètent et se répondent : une consultation spécialisée médecin-psychanalyste, pour recevoir les familles et les enfants, un lieu de consultation pour les adultes, en dehors de la présence des enfants, un temps de formation pour l’ensemble du personnel du service, un temps et un lieu d’accueil des professionnels.

Venons-en à la question qui nous occupe aujourd’hui : celle de l’acte analytique. Dans ce cadre et ce dispositif médecin-psychanalyste, quelle est la spécificité de l’acte analytique ? Comment le transfert est-il opérant ?

Déjà, deux dimensions semblent être à prendre en compte dans ce contexte :

1) Cet acte s’effectue dans un lieu où l’on prend « soin » … d’où l’importance de la présence du médecin. Et là, le « champ analytique » n’est pas posé d’avance. Il est à construire.

2) Dans ce lieu, la singularité d’une parole va advenir dans un contexte de pluralité.

 

 

I ) Reprenant l’argument du début d’année, je lis : L’acte analytique doit « donner lieu au réel et le remettre en circulation. »

Comment, dans ces consultations, « donnons-nous lieu au réel » ?

L’enfant arrive, avec son symptôme, accompagné par ses parents. Le travail de la consultation va permettre, que dans cette adresse au binôme, et dans ce lieu, l’enfant puisse déplier son symptôme. Et la parole des parents va permettre de réaliser comment, via ce symptôme (qui est une création et la marque de la singularité de l’enfant), comment l’enfant est pris… et parfois séquestré dans le fantasme des parents. Cette consultation avec la psychanalyse, opère, justement, dans le fantasme… qui est support du désir inconscient. Il m’est apparu que, grâce à ce dispositif qu’est l’adresse au binôme, s’ouvre un lieu, un lieu psychique, « un lieu entre », une « autre scène », un « espace intermédiaire » comme en parle Winnicott, ou un « champ flottant » comme le dirait M Montrelay. Un « champ analytique. »  Ce serait ce « lieu entre » qui « donnerait lieu au réel » et le remettrait en circulation. C’est-à-dire que ce lieu remettrait en activation les traces inconscientes, elles-mêmes réveillées par l’adresse au binôme. Une scène inconsciente s’ouvre donc… où les projections des uns et des autres apparaissent et se dessinent. Cette scène-là, c’est donc la parole qui l’ouvre. C’est la parole qui en construit l’espace et le tisse. C’est la parole qui fait ACTE.

 

II) Suite de l’argument :

« L’acte psychanalytique donne place à ce réel non symbolisé, pour qu’il s’actualise dans le transfert et que sa mutation puisse s’opérer. »

Dans ce « lieu entre » vont s’actualiser les traces… « s’actualiser » … « actes » … pourrait-on entendre, là, l’ouverture « d’actes » comme dans le théâtre antique ?

Hector Yankelevitch, dans l’ouvrage « Du Père à la Paternité », écrit suite au colloque PMI de 1996 : « Pour la mère, le père existe avant l’accouchement de son enfant. La phrase qui préside à la naissance de chacun a commencé à être dite avant la naissance. Après, le sujet continuera cette phrase ». Le sujet continuera-t-il, ou écrira-t-il autrement cette phrase ? Ne serait-ce pas là une question de traduction ?

Puisqu’il est donc question d’acte, de scène, comment, grâce à ces consultations, pourra s’opérer  une nouvelle écriture : la continuation de la phrase… ou sa traduction, une réécriture par le nouveau sujet ? Comment ? Voici l’hypothèse que, suite à notre travail pour la table ronde, je vous propose de discuter :

Une scène s’ouvre donc, grâce à la consultation. La présence du binôme serait-elle comme celle d’acteurs qui entrent en scène, et sont désormais inclus dans cette scène ? Dans cette scène où se jouait, jusque-là entre l’enfant et les parents, l’impossible circulation de la parole. Leur coprésence, dans la pluralité, comme dans un chœur antique, permettrait alors que la circulation de la parole soit relancée, et que l’Inconscient réactivé dans le transfert puisse jouer sa partie. L’Inconscient, lui, avait déjà joué sa partie dans la création même du symptôme qui amène l’enfant à la consultation. Le symptôme est un trésor symbolique qui est souvent, dit Hector Yankelevitch, « tentative de recréer une place pour le père » (p127) … et j’ajoute : et comment… pour la mère ?

J’ai parlé, concernant ce binôme, d’acteurs œuvrant ensemble dans la pluralité, mais ils sont aussi des traducteurs : car ils reprennent, chacun, en un récit, l’histoire du père, ou de la mère et de l’enfant, et s’adressent à l’enfant … afin que lui-même puisse se faire acteur, auteur, et devienne sujet de son histoire.

 

La consultation spécialisée, depuis le début, est un lieu de clinique… mais elle est, aussi, un creuset de création… et de recherche. Pourquoi ? Comment ?

 

Avec le livre qui vient de paraitre en 2016, sur la P.M.I., nous venons de faire une sorte d’état des lieux de nos travaux et de l’avancée de nos questions analytiques depuis le début des consultations. Pensant à notre table ronde, j’ai voulu relire aussi l’ouvrage paru après le colloque de P.M.I. « Du Père à la Paternité » en 1996… même s’il ne traitait pas spécifiquement des consultations en P.M.I. Je me suis demandé si cette table ronde n’allait pas ouvrir sur l’écriture d’un autre livre…. pour les nouvelles générations ! Plusieurs points sont déjà au travail, dont certains font l’objet de cette table ronde :

1) La place du père. En 1996, dans cet ouvrage sur le père, cette place était centrée sur la mise en jeu d’un principe séparateur. Le père, en tant que fonction. La fonction ierce, c’est la fonction paternelle. Le père, comme symbole de l’interdit de l’inceste. Mais dans ce livre, où l’accent était mis davantage sur un père séparateur, peu était dit encore sur le père donateur. Comment le père, par sa présence et son corps, transmet la vie, Gilles va nous en parler.

Autre point : les raisons et l’importance de la présence du père, et de sa parole, dans les consultations spécialisées, n’ont pas été encore interrogées en tant que telles. Ni la place du symptôme dans le lien au père. Gilles a aussi travaillé ces questions et va le partager avec nous.

2) La place de la mère  et le féminin chez la mère.

Dans ce livre en 1996, Hector Yankelevitch disait (p132) que la fonction paternelle « limitait le maternel… et préservait le féminin. »  Et puis plus loin : « Le père, chez la mère, va récupérer la femme pour pouvoir assouvir la logique de sa propre fonction : la logique du coït. Il la distrait des soins qu’elle donne à son petit. »

 

Ces mouvements du père vis-à-vis de sa femme ont été juste ébauchés dans le livre de 1996. De même la manière dont la femme, la mère, « fait entrer le père dans le circuit » (p132), et en arrive à faire don de la perte. C’est juste ébauché ! Comment la femme ouvre la place à la fonction du père. Ces questions-là, Caroline les a travaillées plus avant, et a souhaité nous en faire part.

Mise à jour le Vendredi, 21 Octobre 2016 05:24  

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