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le fantasme : fenêtre sur le réel, Monique TRICOT 17 novembre 2012

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Le fantasme : fenêtre sur le réel.

Monique TRICOT

Pour inscrire ma réflexion dans l’ensemble de notre thème de travail : « Trauma et fantasme, quel nouage au réel ? », j’ai proposé comme titre : « Le fantasme fenêtre sur le réel ».

Cette formule m’avait intriguée, donné envie d’examiner et la fenêtre et sa position par rapport au réel, ouvrant sur une fonction double du fantasme, à la fois d’ouverture sur et de fermeture protectrice, voire d’obturation.

Mais aller directement à cette « fenêtre sur le réel », qui est une formule de Lacan, serait aller un peu vite en besogne. Je vous propose d’ouvrir d’abord deux autres fenêtres pour en arriver à celle-ci. Il nous faut aller pas à pas, car cette formule suppose des éclaircissements.

Cerner ce qu’il en est du fantasme, s’approprier le concept lacanien de Réel et penser l’articulation du fantasme au réel à partir de la métaphore de la fenêtre.

En outre, en commençant ce travail, le titre que nous avons donné à l’ensemble de notre recherche : « trauma et fantasme, quel nouage au réel ? » m’apparut tout d’un coup terriblement hasardeux tant le rapport au réel du trauma et du fantasme et la position du sujet dans ces deux registres sont à première vue radicalement hétérogènes. Je me suis vraiment demandée si nous avions bien fait de prendre ces deux objets psychiques, trauma et fantasme, et de les interroger ensemble, par rapport au réel.

Dans le trauma, le réel fait irruption laissant le sujet sans recours pour l’imaginariser ou le symboliser. Tout juste peut-il le répéter comme cela été noté si pertinemment par FREUD à propos de l’insistance des rêves de la névrose traumatique.

Du côté du trauma, voie de passivation, du côté du fantasme, activité psychique:

Le fantasme, dit FREUD, est « acte psychique », c’est même par ce bout de l’acte psychique que le travail de cette année peut s’articuler à celui de l’an passé sur l’acte, où nous avions travaillé d’autres actes psychiques, ou plutôt d’autres ratés de l’acte psychique : l’acting out et le passage à l’acte.

Le fantasme appartenant au registre signifiant a sa logique et sa grammaire. Elaboration psychique de la pulsion, il écrit à partir de celle-ci un scénario qui met en scène le rapport du sujet et de l’objet, ce que LACAN écrit S barré poinçon petit a. Dans le fantasme, le sujet n’y est pas explicitement présent, mais s’y fait représenter par son objet. Prenons le célèbre fantasme « un enfant est battu », le sujet n’apparait pas directement, et pourtant il est là, au cœur du fantasme, présentifié par le regard porté par le sujet sur la scène. Ou plutôt, dirais-je, le sujet ici est réduit à la jouissance du regard captivé par la scène qu’il a lui-même fomentée, puisqu’il est l’auteur du fantasme, scène qui se joue en dehors de toute réalité matérielle sur l’Autre scène, celle de la réalité psychique.

Dans ce fantasme «  un enfant est battu », FREUD verra la mise en scène du désir œdipien, cette question est pour l’instant en travail dans le séminaire où nous lisons ce texte. Elle sera sans doute évoquée dans notre rencontre de mars à propos d’Anna FREUD et de Sabina SPIELREIN. Mais, dans cette courte introduction, je laisserai presque totalement de côté ce qui aurait pu être un abord tout aussi essentiel du fantasme, sa fonction de support ou de soutien du désir.

Comme notre objet est le nouage au réel, je vous propose, toujours avec FREUD, d’ouvrir la fenêtre qui exemplarise le passage de la réalité de l’évènement traumatique à la réalité psychique. Je parlais tout à l’heure de l’hétérogénéité du trauma et du fantasme dans leur rapport au réel, dans l’histoire la psychanalyse, ils ont d’abord été étroitement liés.

La fenêtre que je vous propose maintenant d’ouvrir, c’est celle du rêve de l’homme aux loups, cette fenêtre dont FREUD écrit « qu’elle s’ouvre d’elle-même ». « Elle s’ouvre sur les six ou sept grands loups blancs… aux grandes queues et aux oreilles dressées, » ces loups si terrifiants que l’enfant s’éveille et crie.

Nous-mêmes, à la lecture de ce rêve, au moment où s’ouvre la fenêtre sur ce spectacle d’immobilité et de silence, nous sommes saisis, sinon de terreur, nous n’avons plus peur du loup, mais d’un sentiment « d’Unheimlich », d’inquiétante étrangeté, qui est comme le signe que déjà, cette fenêtre du texte freudien s’ouvre sur du réel.

Prudemment pour l’instant, j’ai dit du Réel, mais par « le »Réel.

Nous le savons par l’écriture freudienne de cette cure, le long et minutieux travail associatif a conduit à en extraire, à reconstruire les éléments suivants :

« Un évènement réel (dans le texte allemand, ce n’est pas « real », mais « winklich », or la « Wirklichkeit », c’est la réalité psychique), datant d’une époque très lointaine –regarder -immobilité – problèmes sexuels – castration – le père – quelque chose de terrible. »

Puis le patient remarque que l’ouverture de la fenêtre n’est rien d’autre que l’ouverture de ses yeux, « ce qui, nous dit FREUD, cette nuit-là, fut réactivé et émergea du chaos fut l’image d’un coït entre ses parents. » Coït dont l’enfant aurait été spectateur lors de ses dix-huit mois, voire de ses six mois.[1]

Avant de nous faire part de cette trouvaille, FREUD prend la précaution d’écrire : « Je crains que le lecteur ne me retire sa foi. »

Sa foi à lui, FREUD, dans le long commentaire aussi prudent que tenace, c’est que peu importe après tout que cette scène traumatique qui marquera de son sceau toute la vie de « l’homme aux loups » et les modalités spécifiques à son désir, cette scène qui imprimera en lui pour l’existence entière une position de passivation, peu importe, dit FREUD,  qu’elle soit un évènement réel ou un fantasme inconscient.

Je ne sais pas si FERENCZI, si soucieux d’offrir dans la cure un espace où puisse s’actualiser le trauma, suivrait son maître sur ce point.

Quant à LACAN, dans le chapitre VI du séminaire sur l’Angoisse (p 89), il parle de ce rêve comme « du fantasme pur dévoilé dans sa structure », ajoutant ce que nous avons déjà souligné tout à l’heure, « qu’il s’agit de bout en bout du rapport du fantasme au réel. »

Pour FREUD, ce qui lui importe, c’est d’établir une fois de plus que la réalité qui lui importe, qui est l’objet de la psychanalyse, c’est la réalité psychique. C’est évident pour nous aujourd’hui, ce n’était pas évident du tout à son époque.

Il l’avait déjà mis en lumière à l’aube de la psychanalyse quand après un travail de perlaboration long, douloureux, semé de doutes, il avait énoncé comme dans un éclair : « j’ai renoncé à ma neurotica », » soit à l’étiologie traumatique des névroses, dont nous parlait Annette Jourdain tout à l’heure. FREUD, à ce moment-là a renoncé à la cause externe.

Avec la métaphore de la fenêtre, qui accompagnera tout mon propos, nous sommes entre intérieur et extérieur. Il y a renoncé pour donner place au fantasme Inconscient et passer du même coup de la thérapie cathartique, qui visait à purger le sujet de l’intrusion d’un évènement extérieur, à la cure de parole, la thérapie analytique, mettant en scène dans le transfert la réalité psychique.

Avant de refermer cette fenêtre de « l’homme aux loups », je voudrais faire une remarque. Puisque la fameuse fenêtre du rêve ouvre sur le réel de la scène primitive et de la castration, ne pourrait-on penser, si l’on tient le fantasme inconscient comme remaniement de la scène traumatique, ce qui est la position de FREUD, ne pourrait-on penser qu’il s’agit là de ce qu’il a nommé trois ans plus tôt « un fantasme originaire »[2]. Les fantasmes originaires sont des scénarios qui mettent en scène les questions de l’origine de la vie, de l’origine du désir et de la sexuation. Scénarios qui, au-delà de leurs modalités individuelles appartiendraient au patrimoine de l’espèce humaine, et seraient le propre du parle-être ?

Je vous propose d’en venir à la seconde fenêtre. Celle-ci est indiquée par LACAN dans le même chapitre du séminaire sur l’Angoisse auquel je faisais référence à propos de « l’homme aux loups ». Il s’agit, nous dit-il, de la reprise de quelque chose qu’il aurait dit quelques mois auparavant à des journées provinciales sur le fantasme. Nous devons donc nous contenter de ce qui figure dans le séminaire, car de ce texte, je n’ai pu trouver trace.

La métaphore que LACAN propose dans ce séminaire pour rendre compte du fantasme est celle d’un tableau qui vient se placer dans l’encadrement d’une fenêtre. Il ajoute que l’importance de cette mise en scène  tient moins à ce qui est peint sur la toile qu’au fait de ne pas voir ce qui se voit par la fenêtre. Ici le fantasme dans sa fonction d’obturation du réel, à la fois obturation nécessaire pour que le réel ne nous envahisse pas, mais obturation qui prend très vite une tournure névrotique, nous amène à ne rien vouloir savoir du réel qui nous constitue.

Trois ans plus tard, dans le séminaire sur « L'objet de la psychanalyse », LACAN va commenter les Ménines de VELASQUEZ pour faire métaphore de la cure analytique et de la question du fantasme. Les théories de la perspective lui servent ici de métaphore à la cure analytique. Dans un de ces séminaires, je crois celui du 25 mai, LACAN va faire allusion à certaines toiles de MAGRITTE où le tableau est composé d’un tableau dans une fenêtre. Sur Google, dans la formidable version de ce séminaire donnée par Patrick Walas, qui non seulement comprend tous les schémas qu’il a reconstitués, mais aussi les tableaux dont il s’agit, et même les séminaires fermés dont on n’a jamais trace nulle part, on découvre deux toiles de MAGRITTE composés d’un tableau dans une fenêtre. Le peintre « surréaliste » donne à LACAN, et à nous-même à sa suite, une clé pour appréhender le fantasme.

Nous en trouvons là deux composantes majeures :

- L’écran suggéré par le fait qu’il s’agit de ne pas voir ce qui se voit par la fenêtre, de ne pas voir l’extérieur. Probablement du côté de l’extérieur, il y a le réel comme traumatique.

- Le cadre qui est signifié dans ce que dit LACAN par l’encadrement.

Le signifiant écran a été introduit par FREUD dès 1899 dans son texte sur le « souvenir écran », qui contient les prémisses d’une théorie du fantasme.

Ecran qui s’interpose entre le sujet et l’excès de jouissance ou d’angoisse lié au souvenir. Ecran où sont projetés des souvenirs de différentes époques, souvenirs remaniés par les fantasmes du sujet et où se fixe un souvenir, celui qu’il appelle « souvenir-écran », et qui, il y insiste beaucoup, vient dans l’analyse avec fixité, comme un objet fermé que le sujet défend et ne veut pas ouvrir, clos sur lui-même, un souvenir qui a toutes les allures du fantasme.

FREUD remarque à ce propos : « pour qu’on puisse parler de souvenir écran, il faut que le sujet figure dans le tableau. », ce que nous avons dit précédemment du fantasme, même si dans le tableau du fantasme, le sujet ne figure pas directement, il figure comme objet a, reste de jouissance à partir duquel souvenir ou fantasme se sont construits.

Venons au cadre qui devrait nous permettre, après avoir posé avec FREUD le primat de la réalité psychique, de nous avancer dans la question de la réalité et du réel d’autant qu’ils sont souvent confondus.

Pour la psychanalyse, ce que nous appelons réalité n’est jamais que ce que nous percevons à partir de la fenêtre de notre fantasme. Nous savons bien qu’au cours de notre analyse, notre réalité mute, elle se transforme, elle n’est plus vue seulement à partir du prisme de notre fantasme névrotique.

Notre fantasme fait cadre mais aussi donne à ce que nous appelons notre réalité les couleurs et les formes qui lui sont propres.

Nous percevons le monde, les petits autres, nous créons ; nous nous engageons et nous aimons à partir du prisme de notre fantasme.

Ce que nous appelons réalité n’est jamais, comme le dit LACAN qu’une réalité « recomposée » par le fantasme.

Nous pouvons attendre de l’analyse le repérage des différentes figures du tableau, des différents éléments qui ont servi à la « recomposition » de la réalité, pour que l’écran du fantasme perde de sa fixité, que l’angle de vue soit élargi, soit assoupli, mais le champ de notre réalité restera, il me semble, toujours cadré par le fantasme.

Et le réel, me direz-vous ?

Si la réalité est « recomposée » par le fantasme, le réel, tel que le pense LACAN, puisque penser le réel, c’est lui qui nous a permis de le faire, le réel « est déjà là »[3], il est là comme ce qui reste de la symbolisation primordiale. Des très nombreuses formules viennent à LACAN pour parler de ce réel, d’autant plus nombreuses que le réel ne peut s’imaginariser ni se symboliser, on ne peut jamais que risquer des mots ou tenter des représentations pour s’en approcher. Je retiendrai ici la formule : « le réel est l’impossible, l’impossible à supporter ».

Ne pourrait-on dire du fantasme qu’il est ce qui se construit dans la réalité psychique pour faire face au réel ? Comme tel, il a une fonction de leurre, mais de leurre nécessaire, ce qui échoue dans la psychose, où le sujet n’a pu se construire cet écran, qui nous évite d’être livrés à la Jouissance de l’Autre, au déferlement de l’imaginaire et à la précipitation du signifiant.

Cet écran, c’est ce qui n’est pas en place quand un évènement, une scène, un dire, font trauma. La fenêtre est brisée, il n’y a plus de peintre pour y faire figurer le fantasme du sujet. A l’intérieur de la psyché, l’impact du choc fait trou, trou-matisme dira LACAN.

Néanmoins, ne peut-on penser que l’impact traumatique tient sa singularité de sa rencontre avec le ou les fantasmes conscients ou inconscients du sujet ? Les traumas, sauf peut-être les traumas précocissimes avant la constitution de la réalité psychique, n’arrivent pas sur un terrain vierge. Ils arrivent chez un sujet qui a constitué son fantasme fondamental inconscient, dont en arborescence partent toute une série de fantasmes

Dans la psyché clivée par le trauma (sur ce clivage, nous pouvons sans hésitation suivre FERENCZI), que devient le fantasme impacté par le trauma ? Est-il conservé en l’état, modifié, anéanti ? Ce sont des questions cliniques que nous aurions à nous poser.

Que le trauma vienne rencontrer le ou les fantasmes du sujet, j’en prendrai pour exemple l’homme aux rats. Si chez l’homme aux rats, le récit du capitaine cruel a fait trauma  et l’a rendu à moitié fou, n’est-ce pas parce que ce récit a rencontré chez lui une complaisance aux représentations sadiques et au registre sadique anal ? De ce que FREUD désignera plus précisément comme « une jouissance à lui-même ignorée », nous pourrions dire : la jouissance de la rencontre entre le trauma et un fantasme Inconscient. Il y aurait à affiner cette question et à se demander ce qui se passe quand le trauma vient impacter le sujet dans un registre où le sujet n’a pas construit de fantasme ?

Notre troisième fenêtre, c’est la « fenêtre sur le réel », que nous avons déjà entr’ouverte avec le rêve de l’homme aux loups.

Cette formule : « fenêtre sur le réel », avant de me mettre au travail, je l’attribuais au Séminaire sur la « Logique du fantasme » de 1966-1967.

En fait, elle figure dans un texte très particulier, un texte qui est une sorte de manifeste, un texte qui est un acte de LACAN, qui coïncide avec la fin du séminaire sur « La Logique du Fantasme » et le début du séminaire sur « L’Acte Analytique ». Ce texte se nomme : « La proposition du 9 octobre 67. »[4] C’est un texte très particulier car il est à la fois la mise en place d’une procédure institutionnelle qui se donne pour visée de recueillir de la bouche de ceux qui auraient franchi cette passe ce qu’il en est du passage du psychanalysant au psychanalyste. Cette question avait été obturée jusqu’alors dans l’histoire du mouvement analytique, puisque par exemple à l’I.P.A. on était accepté en analyse didactique et on en sortait analyste. La position de LACAN, c’est que toute analyse est une analyse personnelle, il dira même quelque part que l’analyse contestera au fur et à mesure du parcours le désir d’être analyste, mais que seule l’effectuation de l’analyse permettra ou non le passage du psychanalysant au psychanalyste. C’est tellement évident qu’on se demande comment il a fallu attendre 1967 et LACAN pour mettre au jour une chose pareille, qu’on ne devient analyste que de son analyse.

Ce texte est en même temps une théorie de la fin de l’analyse allant au-delà de la butée freudienne sur le roc de la castration, théorie de la fin de l’analyse qui repose sur la place essentielle du fantasme, et plus précisément de ce que LACAN appelle le fantasme fondamental, fantasme inconscient organisateur de la vie psychique du sujet, la fin de l’analyse permettant la traversée de ce fantasme.

LACAN avait déjà formulé dans le Séminaire sur l’Angoisse, que « franchir le fantasme, c’est franchir l’angoisse de castration. »

Mais là, dans ce texte, c’est au-delà de la butée sur la castration qu’il espère que l’analyse peut mener le sujet.

Le fantasme, cadre, écran, support du désir, serait aussi un leurre, une impasse. Cette traversée, que LACAN nomme « la Passe », permettrait non seulement de rencontrer l’impasse singulière au sujet, mais aussi, comme dans un éclair, de se passer du soutien du fantasme en se confrontant au réel qu’il masquait.

Notons ici que le trauma fait travailler FERENCZI sur la conduite de la cure, et le fantasme fait travailler LACAN sur la fin de l’analyse.

Pour qu’une analyse advienne au terme, il faudrait qu’elle conduise le sujet jusqu’au point de constitution de sa réalité psychique, là où s’est construit le fantasme qui a composé sa réalité et obturé le réel. Il faudrait donc, dans la cure, avec l’analyste, qu’on arrive à un moment où il n’y aurait plus de tableau peint sur la fenêtre, pour un moment où la fenêtre s’ouvrirait sur le réel.

La fenêtre de l’homme aux loups s’est ouverte sur du réel, avais-je dit. Il n’en est pas pour autant devenu analyste. Il en est resté analysant à vie, ce qui n’est évidemment pas la visée recherchée.

Dans l’analyse de celui qui éventuellement effectuera le passage de psychanalysant à psychanalyste, dans ce temps de traversée solitaire mais effectuée avec la présence de son analyste, le sujet pourrait pour un temps, qui est comme une sorte d’éclair, perdre l’appui de son fantasme, alors que s’ouvre la fenêtre sur le réel « déjà là » qui présidait à la constitution de sa vie psychique.

En tous cas passage par le vide, par l’insignifiance de ce qui a jusqu’alors là soutenu le sujet dans son nouage névrotique ou pervers pour inaugurer un nouage nouveau dont LACAN donne quelque idée : savoir y faire avec son symptôme, se passer du père à condition de s’en servir…

Ce passage : moment traumatique ? Moment psychotique ? Moment traumatique et moment psychotique dont on revient ? Dont on revient autre ?

C’est sur cette question que je m’arrêterai.

Intervenant : Monique, tu disais que le rêve de l’homme aux loups, c’était un fantasme originaire ? Tu rapprochais cela d’un fantasme originaire ?

Monique Tricot : Le rêve de l’homme aux loups essaie de traiter la question de la castration et de la scène primitive. FREUD dit : qu’importe que ce soit un trauma ou un fantasme. Je pensais  qu’on aurait pu ajouter une troisième catégorie, ou catégoriser le fantasme, si c’est un fantasme, comme fantasme originaire. Pas le texte du rêve lui-même, mais les questions qu’il aurait fomentées.

Intervenant : Freud mettait l’histoire de la castration dans le fantasme originaire.

Monique Tricot : Justement. Castration, séduction, origine de la vie, origine du désir et la sexuation. Origine du désir, le sujet dans le fantasme originaire répond par la séduction. Origine de la vie, c’est le scénario de la scène primitive. Origine de la différence des sexes, ce sont les scénarios de la castration.

C’était juste une remarque sur le fait que FREUD avait travaillé précédemment, trois ans avant, à propos d’un cas de paranoïa féminine, la question des fantasmes originaires et on aurait pu réfléchir ce qu’il en est là à partir des fantasmes originaires.

Intervenant : Je me demandais, en reprenant la fin de ton texte, sur ce que propose LACAN, aller au-delà, là où il n’y a plus de tableau,

Monique Tricot : C’est ma formule, appuyée sur sa proposition précédente, du tableau dans la fenêtre.

Intervenant : On perd l’appui du fantasme, est-ce qu’il s’agit du fantasme originaire, là ?

Monique Tricot : Il s’agit du fantasme fondamental, que LACAN n’a jamais, à ce que je sache, articulé au fameux fantasme originaire de FREUD.

Intervenant : Le fantasme originaire est universel. Alors que le fantasme fondamental est singulier, ce qui organise la subjectivité.

Monique Tricot : C’est cela. Il est singulier. Alors que les fantasmes originaires sont universels, je les appelle patrimoines de l’humanité. Tu te demandais si fantasme originaire et fantasme fondamental se superposent. Non.

Intervenant : Je me demandais quelles sortes de fantasmes touchait cette fin d’analyse, de quels fantasmes on perdait l’appui.

Monique Tricot : Du rapport singulier que le sujet entretient à l’objet, et qui lui permet à la fois, par l’objet, d’avoir un pied dans le réel, et en même temps, de ne pas s’y brûler.

Dany Cretin Maitenaz : J’ai retrouvé ma définition : « C’est un scénario imaginaire, où le sujet se met en scène sous une forme voilée dans sa relation à l’objet de son désir, c’est-à-dire à ce qui lui manque dans son rapport à l’autre. » Le fantasme exclusivement au service du principe du plaisir est dans ce cadre, la différence des sexes, sa finalité est de protéger le sujet de la castration.

Monique Tricot : C’est cela. La finalité du fantasme est toujours de protéger le sujet d’un certain réel. Là, c’est du réel de la castration.

Dany Cretin Maitenaz : Est-ce que le fantasme de l’homme aux loups le protège du réel de sa castration ? Le thème du doigt arrive après.

Monique Tricot : Mais est-ce que tout fantasme protège vraiment du réel ? C’est une tentative de se protéger du réel, mais la tentative ne marche que partiellement.

LACAN dit que le rêve de l’homme aux loups, c’est l’exemple même du fantasme pur. En même temps, c’est un rêve, et un rêve n’est pas un fantasme. Je me suis servie de la métaphore de la fenêtre, pour l’ouverture sur le réel, comme une analogie. Mais personnellement, je tiendrais assez ferme sur la distinction entre rêver et fantasmer. Rêver au sens du rêve nocturne. Les fantaisies diurnes ne sont pas le fantasme, ce sont des fantasmes.

Le rêve de la nuit, dans ce qui est en général une efflorescence, a une structure très différente, est composé de condensations et de déplacements, de métaphores et de métonymies. Il a une structure très différente du fantasme si on prend comme formule exemplaire du fantasme « un enfant est battu ».

Le fantasme est une phrase, c’est une phrase qui revient avec une grande fixité. Quand on travaille le texte sur « un enfant est battu », FREUD se décarcasse : et alors… qui est battu ? …par qui ?... et il n’obtient quasiment rien.

Quant à « l’Homme aux loups », la position freudienne est très tranchée : peu importe fantasme inconscient ou trauma, qu’est-ce que vous en pensez ?

Dany Cretin Maitenaz : Tu veux dire que pour la subjectivation, cela a le même effet ?

Monique Tricot : C’est ce que dit FREUD.

Dany Cretin Maitenaz : Ce n’est pas peu importe entre fantasme et trauma, c’est peu importe pour l’impact que cela va avoir sur le psychisme.

Monique Tricot : Le texte de FREUD n’est pas très clair. La question se pose entre peu importe vu l’impact que cela va avoir sur le psychisme et peu importe que nous ayons à trancher s’il s’agit d’un évènement réel ou d’un fantasme. Ce n’est pas tout à fait pareil. Il me semble, quant aux positions que cela va avoir sur la subjectivation, sans rapport.

Il me semble que c’est plutôt l’écoute de l’analyste. Ce qui importe pour FREUD, c’est plutôt quelque chose du genre : le patient le dit. Et c’est avec ce dit, tel qu’il est actualisé aujourd’hui dans le transfert, que nous travaillons.

Dans d’autres textes plus tardifs, FREUD n’a jamais nié que les sujets aient affaire à des traumas. On lui a fait procès sur cette question, mais c’est un procès malveillant.

Dany Cretin Maitenaz : Il n’a jamais nié qu’il y ait eu des séductions sexuelles réelles, des attouchements sexuels réels, il a simplement dit que cela n’était pas déterminant dans a constitution de la névrose.

Intervenant : Monsieur FERENCZI dit que ce n’est pas sans importance, et qu’il faut reconnaître le trauma quand il y a trauma, sinon on ne peut pas aider le patient. C’est la grande différence entre eux.

Monique Tricot : Oui, il dit même qu’il faut activement reconnaître le trauma pour lever le silence ou le déni qui a été porté habituellement par l’entourage.

 



[1] Extrait de « L’histoire d’une névrose infantile. L’homme aux loups » PUF 1966 in »5 psychanalyses » p 342 et suivantes

[2] FREUD Sigmund : « Un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie », 1915 –in « Névrose –Psychose – Perversion » - PUF  p 209

[3] LACAN Jacques : Ecrits p 338

[4] Autrement dit, le texte qui fonde à l’E F P « la procédure de la Passe ».

 

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